10/10/2003

La ferme

L'homme s'appelle Kadrien, il a dans la quarantaine replète et une volée de marmots qui s'égayent comme toute une basse cours sur mon passage.

Sa femme est mince, pâle et enceinte. Elle porte ses cheveux bruns retirés en un chignon et semble prête à s'effondrer au premier coup de vent. Elle nous regarde entrer, ses mains pressées contre son cœur avec une expression de biche traquée.

Et je trouvais Ialma fragile !

Notre hôte se précipite vers elle et l'aide à s'asseoir en ordonnant à ses trois aînés respectivement d'aider leur mère, de porter le baquet à l'étage et de préparer leur chambre.

Les garçons s'exécutent guère ravis à l'idée de dormir dans la grange et dispersent leur horde de petits frères et petites sœurs.

Ialma toujours dans mes bras, je monte à l'étage à la suite du plus âgé et le regarde ranger le lit, allumer un feu. Comme souvent, les petits dorment dans la cuisine, près de l'âtre ; les plus grands ont une chambre commune mais bien à eux, à l’instar de leurs parents.

Les droits d’aînesse.

Le second apporte un large baquet et titubant sous le poids avant de s'affairer, aidé de son frère, à le remplir d'eau chaude.

Pendant ce temps, je prépare Ialma, lui retirant le peu de vêtements qu'il lui reste. Il semble être dans un état comateux et ne réagit pas à mon toucher.

Il se réveille pourtant lorsque je le plonge dans le liquide fumant. Il crie et sanglote tout en se débattant mais ses gestes sont faibles et désordonnés ; je n'ai aucune difficulté à le maintenir et tente de ne pas le blesser en le nettoyant.

Je le sèche bientôt avant de le panser et de l'allonger sur le lit.

Les garçons sont toujours là et nous regardent avec de larges yeux effarés. Je leur ordonne de changer l'eau du bain qui a pris une teinte rosée et d'apporter des vêtement confortable pour mon esclave. Je me dévêts alors rapidement et les chasse de la pièce dès qu'ils ont rempli leur office avant de me baigner à mon tour.

Dieux !

Ca fait du bien…

La chaleur dénoue mes muscles et me détends… si bien que je me sens m'endormir lentement.

Un baquet n'est pas le lieu idéal pour faire une sieste, je me force à sortir de ma léthargie et à me sécher avant de me rhabiller.

Aux effluves que je sens monter depuis la cuisine, je devine que le repas sera bientôt prêt. Ialma a besoin de prendre des forces et moi aussi…

Le voyage sera long encore jusqu'à notre destination finale.


21:56 Écrit par Cendre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

07/10/2003

Départ (la suite...)

C'est fou ce qu'un encouragement tacite peut motiver les gens… Le vieillard prend soin de l’esclave en un temps record et je suis bientôt prêt à partir.

Sur le point de quitter la tente, quelque chose me retient pourtant. Ialma est pâle, inconscient…

Je le soulève et le porte moi-même plutôt que laisser ce soin à un serviteur. On l'a déjà assez abîmé comme ça !

Kymeria tend la tête vers nous, ses pensées roulant comme des vagues sous mon crâne. Elle est furieuse et entend bien me le faire savoir.

Qu'y puis-je ?

Elle se calme pourtant et me laisse monter sur son dos.

Je cale mon petit esclave contre moi et l'enroule d'une épaisse couverture. Il est affaibli et je n'ai pas envie de le voir mourir de froid en chemin... Je n'aime pas perdre mon temps.

Enfin, ma vieille compagne prend son essor et nous nous élevons toujours plus haut, jusqu'à ce que le camp et les miens ne soient plus que de minuscules fourmis.

Le vent glacé est stoppé par mon armure de cuir mais je peux sentir le froid s'insinuer malgré tout comme nous volons toujours plus au Nord.

Kymeria prend encore de l'altitude et accélère le rythme du voyage.

Contre moi, je sens Ialma bouger doucement, il commence à reprendre conscience. Un gémissement de douleur lui échappe et il se débat faiblement.

" Du calme, Ialma ! Tu es avec moi ! "

Au son de ma voix, il s'immobilise et j'éprouve un léger pincement de regret à le sentir se tasser sur lui-même.

Je lui fais peur…

Doublement peur, il ne doit pas saisir ce qu'il lui arrive et pour la première fois, je me prends à tenter de le comprendre…

C'est étrange…

Etrange de ma part…

Mais peut-être pas…

Ma mère était une princesse… emmenée comme otage.

Je devais revenir chez moi en tant que suzerain vassal de mon père… J'ai vu certains de mes frères partir de cette manière, entouré d'une suite royale…

Cela n'a jamais été mon cas, je ne comprends pas l'attitude de mon père… Il agit comme s'il me craignait... à couper court à mes initiatives, à me rabaisser…

Ialma en a fait les frais et je ne peux m'empêcher de me sentir coupable, j'ai du mal à vraiment le considérer comme un inférieur…

D'une certaine façon, je lui ai manqué et cela change son statut.

Bientôt Kymeria descend et se pose, le jour décline; il est temps de songer à la nuit.

Ma vieille compagne a choisi une fermette dont le propriétaire bée devant elle. Sans doute n'a-t-il jamais vu de dragon.

Il s'en souviendra je pense, d'autant plus qu'elle lui souffle un peu de fumée au nez ce qui a pour effet de projeter le paysan sur ses genoux, tremblant, avant de se relever et de nous inviter, avec force courbettes, à passer la nuit dans son humble demeure.


13:54 Écrit par Cendre | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |